L’impact du covid-19

sur notre santé… mentale

Les impacts du covid-19 sur la santé mentale

 

2020 a été une année éprouvante pour beaucoup d'entre nous.  En plus de l'actualité sanitaire qui nous rappelle tous les jours que nous sommes vulnérables, les polémiques, les conflits internationaux, les fake news et les autres informations souvent négatives nous affectent. Que l'on s'en rende compte ou non.  Cette année a pu alimenter notre impression de vivre dans un monde troublé et chaotique, ce qui a un impact sur nous.

Certains sont plus marqués que d'autres

Face à l'épidémie de covid, chacun réagit différemment sur le plan psychique.  Certains ont des attitudes de déni, banalisant l'épidémie, son impact, et les mesures à prendre.  D'autres intègrent les données sanitaires, comme d'autres données. Ils font évoluer les attitudes en fonctions des recommandations des autorités, et s'adaptent, au final, à ces nouvelles contraintes.  Par contre, d'autres sont plus marqués par le stress qu'occasionne cette épidémie.

Le confinement lui-même joue le rôle d'un facteur de stress. Il a altéré le bien-être de la population, touchant plus fortement les enfants, les étudiants, les personnes en invalidité et celles qui vivent dans les conditions les plus modestes.  Cette évolution défavorable s'est poursuivie au fil des semaines. Il y a eu de nombreuses modifications de nos manières de vivre. Certaines plus positives que d’autres. On a remarqué un changement des consommations avec une augmentation du recours aux écrans, aux aliments caloriques et aux substances toxiques, au premier rang desquels figurent l'alcool.

Un stress chronique peut favoriser l'expression de différentes formes de fragilité.  Il agit comme un facteur déclencheur ou aggravant. Dans le champ de la santé mentale, il peut révéler, entretenir ou aggraver n'importe quel trouble. Et les modes d'expression d'une souffrance mentale sont très variés. Franchir son seuil de vulnérabilité, du fait d'un stress trop intense par rapport à ce que l'on est capable d'endurer, peut conduire à l'apparition d’un trouble mental.

Le stress a un effet au long cours

Le cerveau est à l'origine de l'activation des systèmes de stress. Il subit en retour certaines conséquences de cette activation. Lorsque le stress se prolonge et que le retour à l'équilibre n'est pas possible, des modifications biologiques et psychologiques sont inscrites dans la durée. Elles peuvent avoir diverses conséquences pathologiques : sur l'attention, la mémoire, l'apprentissage et la flexibilité du comportement mais aussi les repères dans l'espace, le processus de décision et la motivation, les émotions de peur voire de plaisir.

Malgré la disparition du stress, certaines anomalies (les émotions) et un vécu de peur peuvent persister dans la durée alors que les autres anomalies rentrent dans l'ordre.

On peut s’attendre à une augmentation des troubles anxieux généralisés et de dépression après le confinement. Ce sont les modes d'expression les plus fréquents d’une vulnérabilité psychique, y compris chez des personnes indemnes jusque-là. Ceux qui présentaient déjà des troubles touchant ces dimensions ou d'autres (psychose, troubles bipolaires, troubles obsessionnels) courent ou aussi le risque de voir leur pathologie s'aggraver.

Les enfants et les adolescents sont particulièrement touchés

Près d’un tiers des jeunes ont affirmé que la pandémie avait considérablement aggravé leurs problèmes de santé mentale. C’est l’une des conclusions d’une enquête menée au Royaume-Uni à la fin de mars 2020 auprès des jeunes ayant des antécédents de problèmes de santé mentale ont révélé́ que (Young Minds, 2020).

Même si les enfants et les jeunes ont pu démontrer une plus grande résilience aux effets des pandémies et des catastrophes comparativement aux adultes, les jeunes de tous âges possèdent des caractéristiques de développement cognitif et psychologique qui les rendent plus vulnérables aux répercussions des crises, immédiates et à long terme.
Les enfants ont une compréhension limitée des dangers et leur façon de demeurer en sécurité́. Ils savent quand/comment obtenir de l’aide et ont des compétences limitées en matière de résolution de problèmes. Cela peut les rendre vulnérables au stress accru, à la peur, à l’anxiété́ et aux difficultés scolaires.

Les parents décrivent des tensions familiales accrues, ainsi que de niveaux de stress et de problèmes émotionnels plus élevés chez leurs enfants. Un peu plus de 85 % des parents ont d’ailleurs signalé́ des changements dans le comportement et l’état émotionnel de leurs enfants à la suite de la quarantaine : des difficultéś à se concentrer, de l’irritabilité́, de la nervosité, des sentiments de solitude, ou des inquiétudes. Il existe également dans certaines familles des tensions dans les relations et de la violence au sein du ménage causées par le confinement. 

À cela s’ajoutent de nombreux autres facteurs de stress, comme l’insécurité́ financière (en raison du chômage économique) et des difficultés à combler les besoins fondamentaux (limites quant aux fournitures). Il y a encore la crainte de tomber malade ou que des membres de la famille, des amis, des connaissances soient infectés par le nouveau coronavirus.

Quels impacts sur les structures de soins et notre rôle de soignant ?

La psychiatrie est une spécialité qui met en œuvre les interactions sociales et la communication. Tous les troubles mentaux sont liés à des difficultés à appréhender autrui, qui peuvent se manifester sous la forme d'obstacles pour comprendre ce que veut l'autre et de la peur qui peut en découler. Toutes les prises en charge non médicamenteuses reposent sur des échanges verbaux et non verbaux avec un professionnel de santé mentale.

Étant donné qu'une grande partie des difficultés liées aux troubles mentaux s'exprime sous la forme de difficultés relationnelles, de nombreuses prises en charge sont destinées à favoriser les apprentissages et les interactions sociales. Elles se pratiquent nécessairement sous la forme d’une rencontre avec le(s) soignant(s) ou en groupe. Les risques de contamination, la distanciation physique et le port de masque interfèrent avec ce type de prise en charge. Nous avons dû recourir au mieux à des soins à distance, et parfois les soins ont été interrompus.

C’est bien là tout le problème. Il faut pouvoir à la fois soigner ceux qui nous sont confiés et répondre aux situations d’urgence. Et cela, en respectant des contraintes sanitaires qui entravent le contact humain et le travail de soin, et qui empêchent d’anticiper ce qui nous attend.

Car, au vu de cette situation et des prévisions d’experts, les structures psychiatriques et de santé mentale risquent d'être très sollicitées dans les mois et les années à venir.  Elles étaient déjà en tension avant la crise, cherchant à faire face aux besoins habituels de la population. Cette augmentation risque de surcharger le système qui pourrait s'avérer incapable de faire face à un besoin accru en phase de crise. Il est important que la santé mentale soit considérée comme une priorité dans la gestion de la crise COVID-19, après la prise en compte de l'épidémie à proprement parler et celle des conséquences économiques. Ce renforcement de la capacité soignante devra se faire davantage en termes d'innovation dans l'organisation des soins que de l'élargissement des dispositifs existants. Cela permettra de faire face à ce que l'on peut considérer comme le contrecoup de la crise.

Comment faire face ?

Une des pistes pour diminuer l'impact du stress implique le recours à des stratégies dites modératrices.

Y figure au premier plan : l'organisation du quotidien. Elle permet de maintenir l’activité au sein d'une organisation d'ensemble régulière, et de préserver des rythmes biologiques, ainsi qu’une activité physique et des contacts sociaux réguliers. Et c’est salvateur. La planification d'activité, mais aussi de temps de pause, permet un investissement privilégié de l'action au détriment de la rumination mentale, susceptible d'aggraver les effets du stress. La régularité favorise le sentiment de contrôle, facteur de bien-être mental.  Il est préférable de rester au plus près des rythmes circadiens, en maintenant des horaires de sommeil nocturne et en évitant un décalage de phase.

L'alimentation participe également à la régulation de l'humeur et à la stabilité émotionnelle. Face au confinement, il est nécessaire de maintenir une alimentation diversifiée, afin d'éviter une carence en vitamines ou au sel minéraux, et de se garder d'un excès de consommation d'aliments caloriques, gras ou sucré, propices au surpoids et à ses complications.  Il est souhaitable de maintenir de vrais repas aux heures habituelles, plutôt que d'entrer dans un processus d'alimentation anarchique. Il faut aussi éviter d’augmenter la consommation d'alcool, parfois favorisée par le désœuvrement et l'anxiété.

La pratique d'une activité physique régulière est également indispensable au bien-être, physique comme mental, et efficace dans le traitement de la dépression d'intensité légère ou modérée. 

Les contacts sociaux aussi sont favorables au bien-être mental. Ils permettent à la fois de réguler ses propres émotions, de limiter les effets du stress et de développer son sentiment d'utilité grâce au soutien que l’on peut apporter à autrui. Face à la frustration et à l'ennui, les réseaux sociaux sont venus partiellement apporter une aide effective à travers les échanges et l'entraide qu'ils ont suscités.

Benoit Delatte

Directeur médical

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Professeur Nicolas Franck, "Covid 19 et détresse psychologique, 2020, l'odyssée du confinement", éditions Odile Jacob.

 

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